Journal · patrimoine
Une façade sauvée en 1989, un bâtiment perdu en 1990
Un classement partiel, deux façades protégées, un intérieur démoli quelques mois plus tard : retour sur les deux années décisives du Palais.
La notice Mérimée du Palais tient en quelques lignes, mais elle se lit comme un récit. Elle commence par la construction, en 1928, d’un casino par Charles Dalmas et son fils Marcel pour Frank-Jay Gould. Elle se poursuit par la liquidation judiciaire de la société d’exploitation en 1978, la vente du décor et du mobilier, la dépose des vitraux. Et elle s’achève sur une phrase sèche : à l’exception de deux de ses façades, le casino a été entièrement démoli en mai 1990.
Ce que dit exactement l’arrêté
La protection porte sur la « façade principale, promenade des Anglais » et la « façade en retour sur la rue du Congrès ». La nature de la protection est indiquée sans ambiguïté : classé monument historique partiellement, par arrêté du 18 août 1989. Le reste de l’édifice, l’intérieur, les salles, le théâtre, n’était pas protégé. C’est ce qui a permis, quelques mois plus tard, de démolir tout ce qui se trouvait derrière ces deux murs.
Un classement de dernière minute
Wikipédia, que je cite comme source secondaire, raconte la mobilisation des écrivains Michel Butor et Max Gallo, aux côtés d’associations de défense, et la décision du ministre de la Culture de l’époque, Jack Lang, de classer la façade in extremis. Je n’ai pas consulté le dossier de protection lui-même ; je retiens surtout ce que la notice officielle établit : la date, le périmètre et la démolition qui a suivi.
Ce qu’un classement partiel protège
Un classement monument historique porte sur ce qu’il désigne, pas davantage. Pour le Palais, cela signifie que la façade visible depuis la promenade et celle de la rue du Congrès doivent être conservées et restaurées selon les règles applicables aux monuments classés, tandis que l’intérieur a pu être entièrement reconstruit. La rénovation de 2025-2026 s’est faite dans ce cadre : info.fr rappelle que la protection et le label « Patrimoine du XXe siècle » ont conditionné les travaux, qui devaient conserver l’enveloppe Art déco tout en modernisant les espaces intérieurs.
Ce que l’on voit aujourd’hui
Quand on passe sur la Promenade des Anglais, on voit la façade de 1929, et elle seule. Derrière elle, l’hôtel de 2004, rénové en 2026, n’a plus grand-chose à voir avec le casino de Frank-Jay Gould. Le communiqué de Hyatt l’assume : il parle d’une façade classée du début du XXe siècle derrière laquelle l’hôtel est « une proposition résolument contemporaine ».
Pourquoi cette histoire compte pour un voyageur
Parce qu’elle explique ce que vous trouverez sur place. Ne cherchez pas, à l’intérieur, les salons d’origine : ils ont disparu en 1990. Cherchez plutôt la manière dont la décoratrice Linda Boronkay a voulu relire l’Art déco du bâtiment avec des formes et des couleurs d’aujourd’hui. Et prenez le temps, depuis la plage, de regarder la façade elle-même ; c’est elle qui a traversé le siècle.
Une question ouverte
La notice signale que les vitraux ont été déposés à la fin des années 1970. Wikipédia montre, dans sa galerie, un vitrail au-dessus de l’entrée photographié en 2022. S’agit-il d’un vitrail d’origine remis en place, d’une restitution ou d’une création nouvelle ? Je n’ai pas de source pour trancher, et je préfère laisser la question ouverte. L’histoire complète du lieu est résumée sur la page histoire et façade.
Sources consultées le 2 novembre 2026